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hugo
 
Une expérience inédite. - 16-04-2008 à 02:24
Quittant Paris un vendredi soir le sourire aux lèvres, nous revîmes un dimanche à minuit, exténués. et plus souriants du tout… Pourtant, tout avait bien commencé.
Arrivées Gare de Lyon, toutes sont à l’heure, l’équipement réglementaire fleure bon la lessive, les mines sont joviales dans l’excitation du départ.
Bardés de matos, nous tenons un véritable siège dans les premières du TGV. Une pile de revues tout à fait intello (dont le niveau se situe entre cabinet de dentiste et salon de coiffure) soulage nos voisins des bavardages volubiles. Ni le retard du train à la correspondance, ni les virolos de la navette nous conduisant à la source de notre aventure n’ont eu raison de cette humeur joyeuse et exaltée.


Samedi matin, diverses préoccupations animent la communauté. Un gros souk dans le matos assaisonné de questions diverses occupe chacun « A qui sont ces skis qui ne vont pas à mes chaussures ? mais comment ça se colle ces machins là … Tu n’aurais pas des piles pour mon arva ? ». Quand aux soins, crème solaire et stick à lèvre, je ne me souviens pas d’avoir disposé de tant de choix autour de moi. Vaille que vaille, le soleil est déjà haut dans le ciel, son éclat vif n’a d’égal que notre humeur enjouée. J’avais pris soin, de booker deux jeunes guides, solides et avenants, pour assurer notre troupe de douze filles et deux GO masculins. Sous leurs yeux ébahis, la caravane s’ébranle et s’étire dans la vallée de l’Arc. Il est midi, les conversations vont bon train. Cela est nouveau pour moi, tant le ski de randonnée est synonyme de silence, replis sur soi dans l’effort. Pour moi, les mots ne sont pas compatibles avec l’immersion dans cet environnement immaculé, abstrait. Mais la pente s’accentue et le silence s’impose a tous, l’expérience de la randonnée à ski s’infiltre partout ... Les ampoules apparaissent, les regards se perdent et s’émeuvent de tant de beauté autour de nous, chacun se concentre son être et cherche la résonance de son rythme propre. Les heures s’égrainent dans un mélange de sentiments d’une richesse insoupçonnée ; naissance de bonheurs nouveaux mêlés aux affres des nos efforts. Ces pensées sont propres aux longues courses. Enfin, nous pénétrons dans le cœur de notre aventure. Nous savons que nous partageons tous dans ce moment unique, les mêmes joies, les mêmes doutes. Le ski de randonnée diffuse sa quintessence... Notre joyeuse troupe se regroupe au Col de des Pariotes, 1200 mètres de dénivelées dans les guiboles. 300 m de descente sur une neige infâme nous sépare du refuge du Caro. Du ski dur et pas beau regarder, même pour nos guides.
La douceur du refuge et l'accueil chaleureux de Véronique efface rapidement les petits désagréments de cette première journée. L'apéro et un chaleureux repas réchauffe les coeurs et les esprits, le genépi maison (qui produit son effet) couronne cette soirée animée.


Dimanche matin, 5:30 du mat, nous avons perdu une heure de sommeil dans le passage à l'heure d'été. Le petit dej est pris rapidement et nous nous retrouvons sans piper mot dans les ombres glacées de l'aurore. La neige gelée crisse sous les cares, nous filons sur les flans de l'Ouille de Gontière, pressés de rejoindre le soleil qui éclaire déjà de ses doux rayons le Glacier du Montet. Le programme de la journée est plus festif, car la trace se fait en haute montagne, et la neige est excellente. Je me réjouis de constater l'entrain et la gaîté de chacun, le rythme est soutenu, la trace est parfaite. Notre route dessine un fil dans l'immensité, c'est du land art, traces éphémères et sublimes. Je pense à l’écriture des hommes face à l’immuable, sentiment de vivre intensément un si petit moment dans ces montagnes éternelles… Tandis qu'une escouade masculine se lance sur l'Ouille Noire, les filles s'essayent aux clichés de cartes postales, soleil, bronzage, skis, poses suggestives. Le Col de L'ouille noire en fût le seul témoin à notre grand regret. Mais d'autres plaisirs nous attendent. La descente promise s'annonce enfin ! Quelle jouissance de tracer des courbes dans cette surface vierge et douce, plaisir pur du geste, des yeux et de l'esprit. On ouvre de nouveaux dessins dans le grand blanc vers le Col de Reys, notre plaisir frôle la folie. Une harde de chamois file à toute allure sur notre droite tandis que nous nous engageons dans une belle goulotte. Nos traces vierges prennent fin au dessus du village de l'Ecot. On se laisse glisser paisiblement vers Bonneval-sur-Arc, calmes et abasourdis.


Passons les bus et transports ferroviaires de toute sorte, nous arrivons à Paris. Il est minuit, le matos est lourd, les corps sont fatigués, il vient de pleuvoir, la grisaille et la ville nous agresse, tout le monde fait la gueule, le contraste est trop violent, la rupture trop brutale. Mais nous savons tous que nous venons de vivre une expérience forte et unique. Ce n'était pas un week-end de d'initiation, c'était un week-end engagé, un week-end qui laisse des traces dans nos corps et nos esprits, de la belle montagne, celle que l'on aime.


Hugo
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Une expérience inédite.
hugo 16-04-2008 à 02:24